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Adriano Mixinge, un nouveau moraliste ?

Le sous-titre de l’ouvrage O ocaso dos pirilampos précise en couverture qu’il s’agit d’un roman. Curieuse appellation pour un texte qui brise joyeusement les règles ou plutôt les conventions généralement admises du genre : aucun personnage et donc aucun protagoniste, aucune intrigue dont l’auteur démonterait la logique, aucune analyse psychosociologique justifiant la narration d’une “ histoire ” ou la création d’une fiction.

Il ne faut donc pas s’attendre à un ensemble de descriptions entrecoupées de dialogues ou de monologues ayant pour fonction de cerner un pan du réel parfaitement circonscrit dans l’espace et la durée. L’œuvre de Mixinge se présente comme éclatée en ce qu’elle transgresse les normes du roman de type réaliste ou naturaliste.

Car cet anti-roman “ est le réflexe d’une époque de transition ” (p.105). L’indépendance du pays a débouché sur des “ années de guerre civile ” (p.17) qui furent une “ lutte pour la survie ” non seulement sur le plan matériel mais aussi spirituel car les valeurs ancestrales comme celles imposées par le colonialisme sont devenues caduques et ne régulent plus la conduite des individus quelle que soit leur position sociale.

Né en 1968, l’auteur a connu ces désordres durant l’adolescence et les pages qu’il donne à lire ici sont le fruit de sa réflexion sur les mutations qu’il a vécues et les comportements ou les tournures de pensée qu’elles ont induits. Il aurait pu en résulter une étude ethnographique qui aurait dressé un descriptif des manières d’être et de penser après la fin des affrontements armés, mais Mixinge a choisi un autre mode d’expression. Partant de l’expérience de son propre corps, il conçoit un nouvel art de vivre qui implique une critique acerbe des responsables politiques, des tabous et des clichés touchant les fonctions corporelles afin de réhabiliter ces dernières en tant qu’organes de connaissance du monde extérieur.
obra de Gerard Sekotoobra de Gerard Sekoto
L’entreprise n’est pas nouvelle dans la culture occidentale. En 1922, Paul Valéry notait : “ Quel livre il y aurait à faire sous ce titre: Journal de mon corps ! Tous les détails, les fluctuations du corps humain. Quel roman ! ” (2). Comme s’il prenait le poète au mot, Mixinge se plaît à noter la manière dont tel ou tel organe réagit quand il éprouve un violent désir de possession ou qu’il fait face à une situation qui suscite en lui le plus vif intérêt. Lorsqu’il se remémore les avions qui volaient dans le ciel durant la guerre et qu’il compare à des “ mosquitos de ferro ” (p.13), l’impact qu’avait laissé ce spectacle au niveau physiologique demeure intact : il éprouve la même furieuse envie d’uriner, découvrant du même coup les composantes de cette partie de son anatomie par les modifications ressenties au niveau du “ corps caverneux ” de “ l’urètre ” de la “ glande de Cowper ”, de la “ vésicule séminale ”, des “ testicules ”, de la “ prostate ” (ibid).

 

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