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Lusophonie, identité et diversité dans la société digitale

 La lusophonie, comme communauté imaginée, détermine une idée qui peut être approchée de différents points de vue. En étant un projet avec un passé de cinq siècles – basé sur le commun dénominateur constitué par la langue portugaise – la lusophonie est, simultanément, un projet dispersé par différents espaces dans tous les continents du monde, dans lesquels habitent citoyens de différentes races et cultures. Ce qui nous intérêt, pourtant, est conduire une réflexion qui nous permette de comprendre la complexe construction de la lusophonie dans la contemporanéité, pour la prévoir dans le futur.

œuvre de António Oleœuvre de António Ole

D’abord nous devrions prendre en considération que le passé récent a été marqué par l’Histoire d’un espace lusophone postcolonial, fracassé et recomposé dans un ensemble des nations indépendantes et géographiquement distantes entre elles. C’est peut-être pour ça que la relation entre les pays de langue portugaise est, aujourd’hui aussi, subjuguée à des contradictions et des embarras qui continuellement retardent l’approximation désirée, celle qui peut former et consolider la conscience collective d’une communauté lusophone.

En même temps, la lusophonie a été traditionnellement entendue à la lumière d’un ensemble de dimensions qui se présentent chaque fois plus réductrices : la dimension géographique, qui réunit les huit pays de la Communauté des Pays de Langue Portugaise (CPLP) ; la dimension politique, qui est limitée à l’ensemble des communautés de langue portugaise répandues dans le monde ; et, finalement, la dimension historique et culturelle connexe à l’héritage portugais dans différents points du monde pendant l’expansion maritime et l’empire colonial. Comment ne pas percevoir en chacune de ces dimensions, en citant Moisés de Lemos Martins1, “un espace de refuge imaginaire” et de “nostalgie impériale” ?

C’est dans cette façon que la lusophonie risque de tomber dans un équivoque conceptuel qu’on doit éviter: se constituer comme une manière confortable de désigner les pays résultants de la colonisation portugaise.

Ensuite, les politiques de la langue poursuivies dans les pays lusophones – qui nous présentent la proposition d’un nouvel accord orthographique, avec le but bien disposé à préserver le principal élément identitaire de cette communauté imaginée – ont été accueillies et intégrées de manière différente et représentent aujourd’hui une discussion des plus passionnées dans l’espace de la lusophonie. D’ailleurs, il y a ceux qui considèrent que cet accord représente une menace pour les variétés du portugais oral et écrit utilisé dans chacun pays lusophone, étant donné qu’elles sont symboliquement associées à l’affirmation de la diversité et à la préservation des identités locales.

Cependant, la globalisation e le nouvel paradigme de communication basé sur la convergence et la vaste utilisation des technologies de l’information – la société en réseaux – a récemment convoqué un nouvel lieux pour la lusophonie, dans lequel on établit réseaux virtuelles de communication entre citoyens qui pensent, sentent et parlent en portugais : le cyberespace.

oeuvre de António Oleoeuvre de António OleComme nous rappelle Frank Webster2, tout le monde a assisté, pendant les dernières années, à une réduction accentuée des prix du matériel électronique et informatique, au même temps en que on se rendait à ses indiscutables capacités de traitement, entreposage et transmission de l’information. Parallèlement, la convergence des réseaux informatiques et des télécommunications a permis le développement des moyens de gestion de l’information et sa distribution extensive, aussi bien comme la possibilité d’établir connexion, en temps réel, entre espaces physiques éloignés.

Si on rapporte cette nouvelle réalité de la communication avec le puissant facteur identitaire qu’une langue en commun constitue, on pourra réfléchir sur la contribution du cyberespace à l’approximation entre citoyens qui parlent la même langue. Et si on pense à une langue parlée par beaucoup de millions de citoyens, dispersés dans tous les coins du monde, qui appartient à races et cultures les plus différentes, cette réflexion paraît encore plus appropriée. C’est le cas de la langue portugaise.

En quelques années, des milliers de sites web, de blogs et de forums en portugais ont inondé l’internet, de façon que la langue de Camões est devenue une entre les plus influentes du World Wide Web. Selon Internet World Stats, en juin de 2010, ce dispositif était utilisé par 1 966 514 816 de personnes dans le monde entier. Les utilisateurs lusophones étaient, à peu près, 82 548 200 et représentaient la cinquième communauté linguistique avec la représentativité la plus grande dans le cyberespace, comme on peut vérifier dans le graphique ci-dessous. De cette façon, on peut considérer une dimension virtuelle de la lusophonie.

 Graphique: Les dix langues avec la plus grande présence dans l’internet (en millions de utilisateurs)

Autres – Coréen – Russe – Français – Arabe – Allemand – Portugais – Japonais – Espagnol – Chinois – Anglais3

Représentativité des dix langues avec la plus grande présence dans l’internet, en millions de utilisateurs (juin de 2010)Représentativité des dix langues avec la plus grande présence dans l’internet, en millions de utilisateurs (juin de 2010)

 

À l’avis de Pierre Lévy4, la propagation du cyberespace à l’échelle planétaire a créé un terrain propice au développement d’une intelligence collective qui peut englober la diversité, et un territoire qui configure l’espace public nécessaire à l’intervention d’une société civile avec conscience globale.

Même si on admet cette vision optimiste sur le potentiel compris dans la société en réseaux, pourrait-on prévoir une dimension virtuelle de la lusophonie qui comprenne et préserve la diversité des pratiques culturelles présentes dans les lieux où on parle portugais, en assurant la tolérance et le respect pour les différences? Quel apport pourra le cyberespace offrir à la consolidation de la conscience collective d’une communauté lusophone ?

En ce moment ce n’est pas possible répondre à ces questions, étant donné que le nombre des études dédiés aux effets produits par la société en réseaux dans l’espace lusophone est encore clairement insuffisant. Cependant, c’est avec satisfaction que je vérifie que, dans plusieurs universités portugaises et brésiliennes, chercheurs les mieux qualifiés en disciplines scientifiques les plus différentes (Langue Portugaise, Sciences de la Communication, Études Culturels, etc.) s’ont récemment dédiés à l’étude de ces questions.

oeuvre de António Oleoeuvre de António Ole

Dans l’époque d’Internet, on ne devra pas perdre de vue la tension entre identité et diversité lusophones même parce que, en s’appelant à la pensée de Helena Sousa5, la lusophonie est «une construction extraordinairement difficile». D’ailleurs, la rhétorique traditionnelle de la lusophonie a persisté, pas rarement, dans un type de nostalgie de l’empire et a sous-estimé la diversité culturelle que cinq siècles d’aventures ont associée à l’expérience de tous les citoyens qui pensent, sentent et parlent en portugais.

Ce sera donc important – et peut-être urgent aussi – que un large ensemble de politiciens, intellectuels et académiciens, qui ont porté à la lumière nombreuses pistes sur la complexe construction de l’identité lusophone, réfléchisse sur la contribution que le cyberespace offre à la reconfiguration d’une lusophonie plus englobante e plurielle.

 

article publié en PESSOA

  • 1. Professeur de Sciences de la Communication à l’Universidade do Minho (Portugal).
  • 2. Directeur du Département de Sociologie à la City University London (Angleterre).
  • 3. Source: Internet World Stats (www.internetworldstats.com/stats7.htm).
  • 4. Professeur de Sociologie de la Communication à l’Université d’Ottawa (Canada).
  • 5. Professeur de Sciences de la Communication à l’Universidade do Minho (Portugal).

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